dimanche 19 septembre 2010

Un autre inconnu du transport en commun

Parce que des inconnus dans le transport en commun, il y en a plein. Parce qu'en voici un autre dont j'avais envie de raconter l'absence de vraie histoire. Une histoire plus récente celle-là. La semaine passée...

*

Parfois, j'aimerais que ça se fasse de prendre la main d'un pur inconnu sans prévenir...

C'était un matin, récent, dans le métro. Je n'allais pas. Pas du tout. Ni physiquement. Ni mentalement. Il est entré. Il devait être plus jeune que moi. Nos regards se sont croisés. Plus longtemps que ne le demandait la décence. Pas juste une seconde. Non, un bon cinq secondes. Pas de l'attirance. Autre chose. Je crois aux regards. Dans celui-là, il y avait une certaine reconnaissance de l'autre, de son existence. Pendant ces secondes, j'existais. Lui aussi. Puis, nos regards ont vogués ailleurs.

C'était le matin. Heure de pointe. Le métro se remplissait rapidement. Surtout qu'à chaque station, l'arrêt durait un peu plus longtemps qu'à l'habitude. Il est venu près de moi. Juste à côté de moi. À un souffle de mon corps. Son bras s'est appuyé sur le mien. En fait, c'était nos vêtements. Pas nos bras. Et pourtant, comme je le sentais ce bras. Puis, il y avait nos mains. Un peu plus bas. Je peux vous dire qu'il avait la peau un peu rugueuse, chaude. Ce n'était pas un contact érotique. Plutôt un simple contact physique. L'éveil des sens dans des mains qui se frôlent sans but. Je ne sais pas s'il le voulait. Mais il ne retirait pas sa main. Il ne me regardait pas non plus. Il a essuyé son front. De son autre main. A laissé celle qui nous reliait en place. Il a regardé la sueur sur son autre main d'un air étonné. J'ai regardé aussi. Cette deuxième main. Celle qui formait la paire avec l'autre qui me touchait doucement. Je l'ai dit, j'avais senti un peu de rugosité. Pourtant, cette main que je pouvais voir était lisse. Douce.

Allez savoir pourquoi, cette main, c'était tout ce qui me rattachait à l'univers, au vrai monde à ce moment précis. Rien d'autre que cette main ne me faisait exister. Tout le reste était dévasté en moi. Vide. Désespérément vide. Mais il y avait cette main, sa main.

Je n'ai pas compté le nombre de stations de métro. Je ne m'occupais que de ressentir sa main. Quand il est parti, sa main avec lui, il a fait froid. Très froid. J'ai ressenti un vide immense. Je n'existais plus vraiment. Je retournais à mon néant. À mes malheurs. À ma solitude.

5 commentaires:

Ma mère était hipster / Absurdités claustrophobes a dit…

Beau... si beau. Merci.

L'impulsive montréalaise a dit…

@ma mère était hipster : Merci. Merci beaucoup. J'ai bien peur que ce texte passe inaperçu... Mais moi, je l'aime. Et l'écrire m'a beaucoup touchée. Presque autant que le moment qui me l'a inspiré. C'est pour moi un truc assez viscéral dans un moment assez émotif... Anyway. Merci encore.

shaton a dit…

Plus hot que la Hot-litt !
Ce texte n'est pas passé inaperçu, nous sommes au moins deux à l'avoir apprécié ;)

Juju a dit…

Wow, vraiment je n'ai rien d'autre à rajouter!!!

En passant, nous sommes maintenant 3 à l'avoir apprécié!!! :-)

Bonne journée!

L'impulsive montréalaise a dit…

@shaton : Merci beaucoup. C'est gentil.
@Juju : T'es fine ma chère. Merci tout plein ! :)