lundi 30 août 2010

Battements d'aile‏s

On parle souvent du battement d'ailes du papillon. Hier, j'en ai été témoin. Par la méthode forte. Même si j'aurais préféré l'éviter. Même si on ne peut éviter un battement.

Hier, j'aurais pu manger ma dernière bouchée plus tôt, j'aurais pu attacher mon soutien-gorge plus lentement, j'aurais pu rester au téléphone une minute de plus. Mais je n'ai pas fait tout ça. Hier, je suis partie juste à l'heure. L'heure d'avoir un accident. Oh ! rien de grave comme le billet précédent le mentionne. Un peu de tôle, beaucoup de nerfs, humaine indemne. Mais je ne peux m'empêcher d'y penser. Si je serais partie plus tôt. Ou si je serais partie plus tard. Un battement d'ailes. Un souffle tout petit. Quelques secondes. Il n'aurait probablement fallu qu'une quinzaine ou une vingtaine de secondes de différence pour que ce ne soit pas moi. Qu'on ne me rentre pas dedans. Peut-être aussi que ça se serait produit à l'autre coin de rue. Avec une autre voiture. Qu'en sais-je ? Ce n'est pas mon premier accident... Ce ne sera possiblement pas le dernier. Hier, le papillon a battu des ailes et m'est rentré dedans. Comme ça. Pour quelques secondes sans nuance.

Alors j'y pense. Que je pourrais mourir aujourd'hui. Que ma vie pourrait changer aujourd'hui. Que tout pourrait s'écrouler aujourd'hui. Que quelque chose de magnifique pourrait se produire aujourd'hui. Tout et n'importe quoi pourrait arriver. Mais ce n'est pas la beauté de ce qui pourrait arriver qui me fait peur. C'est la laideur. Aujourd'hui, la fille que quelqu'un verra la tête fracassée sur l'asphalte avec un mince filet de sang qui lui sort du nez et un conducteur paniqué à ses côtés, ça pourrait être moi. La fille qui tombe sous les balles dun tueur fou qui dirige son arme dans les airs aujourd'hui, ça pourrait être moi. La fille qui découvre une bosse suspecte sur son sein et qui apprendra dans quelques semaines qu'elle a le cancer, ça pourrait être moi. La fille qui se fait attaquer, violer et laisser morte dans une ruelle, ça pourrait être moi. Ou ça pourrait être toi. Ou ça pourrait être elle. Ça pourrait être ta mère, ta soeur, ton amie. Ça pourrait être lui aussi qui est attaqué par le battement d'ailes. Ton chum, ton père, ton frère, ton collègue. Ça pourrait être tout le monde et n'importe qui. Et on n'y peut rien.

Vous avez un peu peur ? Moi aussi. Disons que je prendrais bien deux bras autour de moi pour me rassurer et un murmure dans l'oreille pour me dire des mots gentils. Même si ce serait un peu illusoire. Juste parce que...

Il faut tellement d'énergie, de courage, de patience et de volonté pour faire une vie. Pourtant, il ne faut qu'un simple battement et quelques secondes pour la défaire. Mais alors que devons-nous faire ?

12 commentaires:

L'Ermite à Montréal a dit…

Très beau texte! Et oui la vie ne tient qu'à un fil. Et il est si mince, si gragile! Que devons-nous faire? Probablement ne pas se poser trop de questions. Une certaine dose d'inconscience est nécessaire pour faire le chemin qui nous mène tous, à plus ou moins long terme, vers une mort certaine. Un peu comme le titre du film: mange, aime et prie.

Au plaisir!

Lui a dit…

Que devons-nous faire? Rien, puisque nous n'y pouvons rien. Être là pour ceux à qui ça arrive, être là pour ceux qui entourent ceux à qui c'est arrivé.

Viv a dit…

Essayer de ne pas trop y penser, voilà ce qu'on PEUT faire. Essayer de voir le positif dans le battement d'ailes du papillon, au lieu du négatif. Oui, ça peut prendre une seconde pour qu'une vie se termine, mais l'inverse est aussi vrai. Ça aurait pu prendre qu'un petit battement d'ailes sur la table d'opération pour que tout chavire, mais au contraire, le papillon a décidé que la vie devait continuer, voire triompher. Beaucoup plus encourageant, je trouve.

Marie a dit…

C'est beau & déprimant à la fois de regarder la vie de cet angle.

Beau, la vulnérabilité. Déprimant, la fragilité. Ou vice versa. Ou pas.

Mais dit toi que lorsque la vie a décidé de te garder en vie justement, elle y arrive toujours. Parfois de la manière la plus épeurante qui soit, mais au bout du compte tu respires encore.

Que devons-nous faire? Confiance...

reggiore a dit…

on peut aussi lire tout ça autrement... cet accident ( heureusement, que de la tôle dis-tu) t'a certainement fait perdre un peu de temps sur ton trajet. Et qui sait si justement tu n'as pas évité ainsi un accident plus grave encore.

C'est peut-être ça le battement d'aile du papillon, un coup de pouce dans le bon sens parfois non ?

shaton a dit…

Les battements d'ailes sont beaucoup trop nombreux pour qu'on puisse les compter ou même les imaginer...
Que devons-nous faire ? Rien. Accepter le sort, prendre les choses comme elles sont. Et être là pour les autres, comme dit Lui.
"Le destin, c'est du passé" ai-je l'habitude de dire.

Ma mère était hipster / Absurdités claustrophobes a dit…

Quelle ironie. J'allais écrire un billet hier soir - mais j'ai remis à plus tard finalement - sur la suite de situations qui fait que l'on arrive au mauvais endroit au mauvais moment (ou au bon endroit et au bon moment aussi). Et j'allais intituler mon billet: les battements d'aile du papillon...

La grammaire masquée a dit…

Les "si" mangent les "rais" ... niveau maternelle.

L'impulsive montréalaise a dit…

@L'Ermite : Oui, une certaine dose d'inconscience je suppose... :)J'essaierai. Et merci du compliment.
@Lui : Je suppose. Mais ça sembleplat comme réponse. Mais impossible de dire le contraire.
@Viv : Selon les évènements de la vie, on est plus positive... ou moins. Mais je suis d'accord avec toi qu'être positif devrait être un objectif constant. J'essaie le plus possible.
@Marie : Tiens, il y a eu l'insconcience et là, la confiance. Ça aussi j'essaie. Mais une confiance est difficile à gagner et facile à perdre. Même envers la vie. Mais à date, pourtant, elle ne m'a pas si mal servie.
@reggiore : C'est pour ça que je dis que ça aurait pu se produire à l'autre coin de rue. Tu as tout à fait raison. C'est propre à l'être humain de ne pas assez voir la chance qui peut se cacher derrière une malchance.
@shaton : Le destin, c'est du passé. J'aime bien ça. Je ne suis pas certaine de croire au destin tout tracé. Au contraire. Mais je crois au hasard. Et ne dit-on pas souvent que le hasard fait bien les choses ?
@Ma mère était hipster : Ah ! c'est ds ta tête à toi que j'ai lu mon texte ?? :-P Désolé pour le "cassage de punch".
@La grammaire masquée : Il est vrai que mon français général est beaucoup trop niveau maternelle ! En attendant, j'aime les si, j'aime les rais. Mais merci de cette précision.

La grammaire masquée a dit…

Wow! Content de savoir que tu aimes mal écrire... C'est certain que ça aidera la vente de ton "futur" recueil (si celui voit le jour autrement que par compte d"édition libre" hein...)! Bonne chance alors, car tu en auras bien besoin, soit dit en passant!

La grammaire masquée a dit…

"celui-ci". Mes doigts ont fourché, mais moins que les tiens!

L'impulsive montréalaise a dit…

@La Grammaire masquée : Le propos était sarcastique. Il semble que le ton ne passe pas par écrit. Je trouve fort important de bien écrire. Et je crois honnêtement m'en tirer en général plutôt bien. Mais je ne suis pas infaillible.