dimanche 10 octobre 2010

La mort‏

Depuis hier, je pense à la mort. Ou plutôt c'est la mort qui pense à moi.

Hier, j'ai appris la mort d'une fille avec qui j'ai été vaguement amie au primaire. Ensuite, on évoluait plus dans le même monde. N'empêche, cette fille, si j'étais amie avec elle au primaire, ça veut dire qu'elle a mon âge. 29 ans. Un suicide paraîtrait-il. 29 ans. C'est l'âge que j'ai. Je pourrais être elle. Je pourrais être morte. C'est si jeune. Tout ce qu'elle ne connaîtra pas. Tout ce qu'elle va manquer. Ça fout la trouille.

Hier, on m'a rappelée qu'aujourd'hui, 10 octobre, ça fait 10 ans que ma marraine est morte. La tante dont j'étais la plus proche. La mère de ma cousine la plus proche. Elle et son conjoint. Un accident d'auto. Bang ! Je me rappelle quand je l'ai appris. J'étais sur le sofa. Assise. J'avais le téléphone. Je ne croyais pas ma mère. Je pleurais. Mon chum de l'époque ne comprenait pas. S'est précipité sur moi avec un air inquiet. J'avais les larmes. J'avais la voix qui répétait que ça ne se pouvait pas. Mais c'était vrai. Elle était morte.

Je me souviens aussi que cet hiver-là, j'ai eu un accident de voiture. Aucune blessure. Mais beaucoup de tôle abîmée. Dans le fossé la voiture. Celle de mon père. Jamais il ne m'a disputée à ce sujet. Il m'a seulement dit que l'important, c'était moi, les êtres vivants. Pas la tôle. Il m'a parlé de ma marraine, sa soeur, mais je sais surtout qu'il a pensé que j'aurais pu mourir ce jour-là. J'y ai pensé aussi. Il aurait suffit peut-être d'une voiture dans la direction inverse. Et puis, plus rien.

Aujourd'hui, je descendais deux marches. Juste deux. Mais elles sont mal faites. J'ai pensé que j'aurais pu tomber. Que j'aurais pu me fracasser le crâne. Que j'aurais pu peut-être en mourir. À tout le moins me blesser gravement. J'ai surtout pensé qu'alors rien n'aurait d'importance. Quand on se ramasse à l'hôpital, dans un sale état, peut-être un état perpétuel, je suppose que l'argent, les soucis, le travail, le célibat, la culpabilité, le manque, c'est différent. On ne ressent plus ça de la même façon. On relativise certaines choses. On en amplifie certaines autres.

Depuis hier, la mort pense à moi. Elle me rappelle qu'elle existe. Que la vie, ça finit par la mort. Toujours. Un jour ou un autre.

13 commentaires:

Edgar Jean a dit…

Beaucoup de choses viennent en paires opposées dans la nature. Mais la vie et la mort est une paire qui est implacable.

Marie a dit…

Quand on y pense comme ça, ça fait peur. La vie ça fini par la mort, oui, mais au moins il y a cette vie avant justement. Et d'être conscient de la fatalité finale (sans que ça devienne une obsession) ça aide à en profiter de cette vie.

Caro a dit…

Ton texte me trouble énormément.

RickyP a dit…

VRAI message de la vie, faut bien en profité et penser un peu plus a nous, tout en gatant les gens que nous aimons, santé

Marico a dit…

Et oui, la mort existe pour chacun d'entre nous. Y penser pour Vivre justement, avec un grand V. Vivre pour tous ceux qui ne le peuvent plus, intensément. Mieux vaut avoir des remords que des regrets paraît-il!

Lucille a dit…

Un beau texte, touchant, direct, brutal ! La mort: la seule garantie que l'on a... c'est sur qu'on va mourir un jour. Mais le fait de le savoir, ne voudrait-il pas en profiter pour vivre la vie au maximun, pleinement, vivement.

Merci de nous faire réfléchir sur le sujet.

Anonyme a dit…

En parlant d'accident, de tôle froissée, de risques de souffrances handicaps physiques voilà ce qui est plus angoissant que la mort en elle même...
Au moments de ras le bol, on a tendance à y penser (à la mort) comme une délivrance...

Mais ma chère Martine, dites vous que vous n'êtes pas la seule à être "down" en cette période de l'année
C'est si triste le départ du soleil...normal que ce soit triste aussi en dedans de nous...
Kaou

Josie a dit…

Ça fini toujours pareil, mais qui dit que ce n'est pas une naissance vers autre chose et que ce monde ci est une évolution pour nous préparer au suivant? Comme le bedon de notre maman?

Quand la mort pense à moi comme ça, je la regarde en face et lui demande de me dire ce qu'elle est. Et elle s'en va. Elle a peur de moi, jusqu'à mon jour... et d'ici là, je me fais un devoir d'apprécier chaque instant ici, chaque personne. C'est si précieux!

shaton a dit…

Tu soulèves une chose importante : Même quand on a fait le deuil de nos morts d'autrefois, chaque nouvelle mort nous renvoie à eux et remue ce qu'on croyait endormi.
Tu peux dire ce que tu veux mais à force d'écrire dans ton blogue que tu vas mal, que tu es épuisée et que tu penses à la mort (ou tout ça en même temps), tu vas finir par nous inquiéter, même si ce n'est pas ce que tu cherches.

Petite libellule a dit…

Avant la mort, il y a la vie... avec ses beaux moments et ses épisodes plus difficiles. Comme Shaton, je perçois que tu es dans une passe un peu plus aride. Je t'envoie une bulle de lumière rose fuchsia de mon chez-moi! :-)

laulau a dit…

haaa les frissons dans le dos !!!!
J'ai connu la mort de 13 façon différente en 4 ans ... des grand-parents des amis des oncles des tantes ... en autos ...suicides... vieillesse ..dans sont someil ... CANCER ... infractus BREF j'ai une bizzare de relation avec la mort j'espère toujours qu'ELLE vas me laisser un break a mon entourage car OUI les 13 étais des gens proche ...

The Green Head a dit…

La mort, cette salope. Je ne sais plus qui disait que la vie c'était une maladie incurable.

C'est tellement beau vivre. Moi aujourd'hui j'ai pensé à cette meilleure amie qui est partie bien trop tôt. Treize ans qu'elle avait...et moi aussi. Perdre sa meilleure amie si tôt, ça fait prendre bien conscience de cette fatalité et rapidement.

Aujourd'hui j'ai pensé à cette grand-maman (qui est en fait de coeur bien plus ma mère) qui traîne les années comme de lourds sacs de patates. Je sais qu'elle partira, mais je ne veux pas y penser. Je ne veux pas parce que j'ai l'impression que mon coeur va arrêter de battre à ce moment. J'ai la trouille. Une foutue trouille.

L'impulsive montréalaise a dit…

@Edgar : Oui. Implacable.
@Marie : Parfois, je trouve que j'en profite pas assez...
@Caro : J'espère que ce n'est rien de trop mauvais.
@RickyP : C'est vrai. On en profite pas assez pour sa gâter et gâter les autres. Mais trop pour se faire mal et faire mal aux autres.
@Marico : Oui vaut mieux les remords que les regrets. Mais sur le coup, les remords restent dans la gorge pas mal.
@Lucille : Oui, il faut vivre pleinement. Mais comment ? La recette ? Oui, je suis bonne pour faire réfléchir...
@Kaoutar : Le fait est que vu l'accident que j'ai eu dernièrement (rien de grave), ben ça aussi ça fait réfléchir. Anyway.... Et oui, je suppose que le temps gris est particulièrement propice à l'entretien des idées noires. Moi, c'est la fatigue. Ces temps-ci, je suis épuisée...
@Josie : Tu n'as pas froid aux yeux. Et oui, c'est précieux... Mais on passe tellement de temps à courir sans raison et à l'oublier.
@shaton : Je dirais même que chaque nouvelle douleur nous renvoie aux anciennes. Que ça ajoute des gouttes de plus. Mon but n'est pas d'inquiéter. Mais non, je ne vais pas bien ces temps-ci. Pourtant, j'essaie. Je me bats. Je suis juste trop fatiguée.
@Petite Libellule : Oui, c'est vrai qu'avant, il y a la vie. Merci pour cette belle bulle de lumière rose fuschia. Car oui, je suis dans une passe aride. Malheureusement. Merci beaucoup. J'apprécie.
@laulau : J'avoue que lire ça, ça donne des frissons. Surtout que tu sembles tellement avoir conservé un joli sourire. Tu as sûrement compris le message. Que la vie, c'est aujourd'hui. Pas demain.
@Green Head : C'est vrai que la mort fait peur. Qu'on en parle peu. C'est sûrement pour ça qu'on a autant la trouille. Perdre quelqu'un, c'est douloureux. Profondément. Quand on y pense la mort, ça donne le vertige. Mais avant, comme disent les autres, il y a la vie.