lundi 11 octobre 2010

Au vif‏

Je suis une plaie vive. Meurtrie jusqu'à la chair pourpre. Jusqu'aux os. J'ai le corps comme un immense tombeau. Qui contient tous les cadavres de mon existence morbide. Ça saigne. Ça suinte. Ça s'écoule de moi. Toute mon énergie vitale. Tout ce qui me retient. Je m'éparpille sans retenue. Me répand sur le sol sale et sur les hommes. Je suis un goudron dangereux.

Je suis un coeur à vif. Une souffrance béante. Une grande brûlée de la vie. Une grande brûlée de la mort. On a tué tant de choses en moi. Ne reste que des soubresauts apeurés. J'ai voulu. Je veux encore. Me battre. Mais on m'a tant pris et volée. Je ne sais plus comment me retrouver. Je ne sais plus comment lever les poings. Je suis trop perdue dans une tourmente. Perdue dans les catacombes de mon âme.

Je suis une écorchée vive. On a pris d'énormes couteaux. On les a flattés sur ma peau. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. Que de la chair qui pend. Que quelques organes trop exposés. Je suis nue. Dans le froid. Face à vous. Je donne tout. Je donne plus encore. Jusqu'à mes tripes violacées. Je suis de celle qui n'ont pas de pudeur. Mon corps et mon âme, je suis habituée à les laisser aux loups. En pâture. Comme un appât empoisonné. Comme une offrande fatale.

Je suis un battement vif. Qui donne la mesure dans mes veines meurtries. Qui résonne dans mes oreilles arrachées. Qui tambourine dans ma tête échevelée. J'ai un regard éteint et absent. Tout me tourne. La tête surtout. Je suis épuisée par ma susbtance de vie qui se vide. Que je regarde couler d'un oeil morne. J'ai les bras ballants. Je n'y peux rien. La battante se noircit le coeur depuis trop longtemps. La battante prend une pause.

Un jour, peut-être quelqu'un versera un peu d'eau sur mes lèvres gercées...
Un jour peut-être, je pourrai me mettre les mains sur le coeur et endiguer enfin le sang sombre qui s'écoule en rigoles le long de mon sein, de ma taille, de ma hanche et de ma jambe...
Un jour peut-être ne serai-je plus obligée de marcher en laissant des traces rouges sur le sol...
Moi, la fille à vif, moi, la fille trop vive...
Un jour peut-être...
Un jour, sûrement...
Parce que j'y crois encore.

8 commentaires:

The Green Head a dit…

Souffrance. Je connais.

shaton a dit…

Le sang, c'est la vie. Je te souhaite le premier fluide et la seconde longue et belle.

Petite libellule a dit…

Ton texte est fichtrement bien écrit, mais... ça me fait peur, à moi, autant de douleur. De cette intensité-là.

L'impulsive montréalaise a dit…

@Green Head : Juste ces mots-là. Et je sais que quelqu'un me comprend.
@shaton : Merci de ces bons voeux.
@Petite libellule : Merci pour le compliment. Et tu sais, les mots, je suis bonne. Oui, j'ai mal quand j'écris un texte comme celui-là. Mais je défoule, j'image. Et comme je suis bonne pour trouver des images fortes.... J'espère juste que ça ne te fera pas trop peur. Que tu auras remarqué la finale positive. Et tout le reste de positif sur ce blogue qui se cache sous la crasse.

Petite libellule a dit…

Oh que oui, je l'ai vu le positif, t'inquiète... :-)

L'impulsive montréalaise a dit…

@Petite libellule : Tant mieux. :) Désolée pour les peurs. Mais bon, tu as vu mon autre texte... Je sors le méchant ! Héhé ! Câlin ma chère.

laulau a dit…

j'aime beaucoup ta dernière pensée "parce que j'y crois encore !!" et je suis sur que tu fait bien !!! chu fatiguante avec ça mais rien de mieux que le positif ;) ;) ;)

L'impulsive montréalaise a dit…

@laulau : Oui, je fais bien. Je suis une éternelle pleine d'espoir. C'est beau et c'est pur l'espoir. Pis t'es pas fatiguante, bon ! ;)