vendredi 2 avril 2010

Moi... en pièces détachées

Parfois, j’ai cette image abstraite, mais si claire qui me vient en tête. J’ai mon cœur dans les mains. Au propre. Et je le flatte doucement pour enlever toute la merde qui le recouvre. J’ai les gestes souples, tendres, le regard empathique. Je le caresse comme on caresse un vieil amour. Sans précipitation, sans urgence.

Un cœur n’est pas supposé être brun. Je le veux rose. Comme au premier jour. Une fleur éclatante.

Mais ça ne se peut pas laver son cœur. On peut laver son corps, son appart, son bol de toilette, ses cheveux, son chat… Mais pas son cœur.

Pourtant, il aurait bien besoin d’un petit nettoyage en ce moment. Un petit ménage de printemps pour le remettre à neuf, pour le purifier.

En ce moment, mon cœur, il se lamente plutôt. Beaucoup. Il veut quelque chose. Il attend autre chose. Il espère plein de choses. Il hurle à la lune. Miaule plaintivement. S’égosille l’émotivité et les besoins. Parce que mon cœur, sauf quand il est dort, est un hyperactif. Il veut tout. Sent tout. Saisit tout. Meurt de tout. Et sa solitude le tue. À petites doses antibiotiques. Des doses qui enferment dans l’habitude et la décrépitude.

Mon cœur, il prend de la place. C’est une grande gueule, un extraverti, un besoin d’attention lié à la survie de mon être. Mon cœur, il prend une place de géant dans ma cage thoracique. Des actions ridicules suffisent à le décevoir. Il se fait rapidement des idées sur ce qu’il lui faut, ce qu’il voudrait, ce qu’il aimerait, ce dont il a besoin.

Puis, il est ratoureux, manipulateur. Parfois, il s’associe à l’entre-jambes, d’autres fois, à la tête, d’autres fois à rien du tout et il n’en fait qu’à son opiniâtreté.

Mon cœur, c’est un sale con, un cœur d’artichaut, un petit merdeux, un assoiffé. Mon cœur, c’est un amoureux, c’est un souffreteux, c’est un mort de rire, c’est un sarcastique romantique avec une pincée de cynisme. Il fait ce qu’il veut, fait ce qu’il ne veut pas, est ce qu’il est, plonge rapidement, sort moins rapidement de l’eau, surtout si elle est boueuse, et refuse parfois de jouer de peur de mourir.

Mon cœur, je l’aime…

***

Mon sexe est avide. Il veut. Il veut. Il veut. Du sexe, de la langue, du doigt, de la bouche, de l’amour en stéréo. Il est rose, il est humide, il est doux. Parfois calme, parfois miséreux et solitaire, d’autres fois explosif et souvent exigeant. Il jouit facilement, s’offre gentiment, se découvre avec le temps.

Il n’aime pas la tête. La tête lui coupe l’inspiration ou lui en donne trop. Il se méfie du cœur. Celui-là, quel con qui s’attache ou s’amourache ou se détache. Mais souvent dans des mauvais timings. Des timings de cul pour un sexe en mal d’amour.

Mon sexe est désintéressé parfois. Il aime les hommes kleenex, mais en trouve peu. À cause de la tête et du cœur. Et si un de perdu, dix de retrouvés, ça peut arriver, et bien pas avec les hommes kleenex. Et un homme kleenex, une fois qu’on l’a utilisé, on ne veut que le jeter.

Compliqué parfois de satisfaire ce sexe, de lui donner ce qu’il veut. Il est facile à plaire, mais difficile à trouver. Il est facile à combler, mais difficile à être quitté. Mon sexe déteste le froid. Il aime les petits chardons ardents, les grosses canicules, les flammes qui montent haut, devenir une cendre dans un lit, renaître sous le vent, mourir dans un soupir violent.

Puis il aime la douceur, les caresses, les gestes tendres, l’amour qui le regarde, le déshabille, l’enlace doucement dans une étreinte.

Il aime qu’on le remarque, qu’on lui donne de l’attention. Il est doux, discret, ne sort pas si souvent, est parfois trop accommodant. Il aime les bons souvenirs comme certains aiment une bouteille de bon vin qui a bien vieillit.

Mais surtout, il aime fermer les yeux. Pour ne pas voir qu’il met parfois le cœur en charpie et la tête en champ de bataille.

Pourtant, mon sexe, je l’aime.

***

La tête, la dernière. Je ne sais pas si je dois oser en parler de celle-là.

La tête, elle se casse en quatre, multiplie les gaffes, espère des romances oiseuses, laisse vivre des espoirs défaits…

Vous me direz que j’accuse la tête, mais que ça semble être du cœur tout ça. Vrai parfois. Mais sinon faux.

Ma tête a sa vie propre. Elle décide de poser des gestes idiots. Se ridiculise de courir à gauche ou à droite. Prend des mauvaises décisions. A des idées noircies, des cadavres de mauvaises pensées et des souvenirs de hontes tenaces.

Pourtant, la tête s’accepte bien. Il faut dire qu’on a bien travaillé dessus. On lui a montré des choses, on en a constaté d’autres, on lui a appris à s’accepter avec ses faiblesses, ses défauts, ses envies de tendresse, ses instincts destructeurs.

Mais parfois, il est difficile de lui pardonner. Parce qu’elle écoute beaucoup le cœur. Et même si elle, elle pensait que non, le cœur l’incite à foncer comme un dix roues. Bang ! dans le mur et meilleure chance la prochaine fois. Aucun remboursement permis. Tu as décidé de foncer poulette, assume. La tête m’avertit souvent, veut m’inciter à mettre le cœur en berne, mais ma tête est faible. Ma tête est romantique. Ma tête est un film hollywoodien qui attend son happy end. Criss que c’est long 1h30 de film.

Ma tête est impatience, elle rue, se plaint, se lamente, veut que le cœur et le sexe soient biens. Ma tête est une vieille sage au fond. Mais elle aime bien laisser les autres parties de mon corps gagner. Ne serait-ce que par ce principe d’autodestruction développé dans une jeunesse précédente.

Ma tête, je l’aime.

7 commentaires:

SP4M: a dit…

L'Nombril: J'ai tellement l'impression qu'on s'inspire de nous!

SP4M: Ouais, faut toujours tout ramener à nous hein?

L'Coeur: Je l'aime bien ce texte malgré tout.

La Tête: Moi aussi!

SP4M: L'impulsive, c'est génial ce texte, fort intéressant!

L'impulsive montréalaise a dit…

Désolé L'Nombril, je ne m'inspirais pas de toi. Bien entendu par contre, après l'avoir écrit, j'ai assez vite fait le rapprochement. N'empêche, j'ai la tête moins obsédée et le sexe moins malotru... Héhé !

Merci SP4M. Beaucoup. :)

The Green Head a dit…

Wow quel texte ! C'est ma première fois ici et certainement pas la dernière.

L'impulsive montréalaise a dit…

Merci beaucoup Green Head ! :) Ce sera un plaisir de te revoir ici autant que tu en as envie !

Camille a dit…

Vraiment miss, t'es dans un bon beat d'écriture ces jours-ci! Encore un autre bon texte, continues comme ça tu es sur une super lancée! :)

L'impulsive montréalaise a dit…

Merci Camille ! T'es fine. C'est vrai que je suis inspirée ces jours-ci...
Tant que tu n'essaies pas de me dire qu'habituellement, c'est pas bon ! :-P
Ça doit être la glace qui fond après l'hiver...

Camille a dit…

Non, c'est pas que c'est pas bon ni intéressant habituellement. Mais ces temps-ci tes textes sont plus "littéraires" si je peux dire ça. Ton écriture plus raffinée, tes mots plus juste et leur portée exacte. Du bonbon!! Tu devrais te lancer dans un projet d'écriture genre roman, poésie, nouvelles, je ne sais pas, mais vas-y le momentum est là! :)