mardi 8 juin 2010

Dépression collective

J'ai eu de ces discussions dernièrement qui sont venues me chercher. Sur la collectivité, l'individualité, le petit plaignage, la facilité de se faire bourrer de pilules...

Ça vient me chercher parce que je ne crois pas que ce soit seulement individuel ce mal-être, ce malaise, ce mal de vivre. Notre société est en dépression. Voilà ce que je crois.

Oui, bien sûr, souvent, nous nous plaignons le ventre un peu trop plein. Nous avons plus d'acquis que bien des sociétés. Individuellement, notre sort n'est en général pas si mal que ça si on se compare. Mais je ne crois pas que cette tendance à se plaindre et à se lamenter sur son sort soit uniquement individuel. Comme je le dis, je crois plutôt que ça découle d'un mal collectif qui se répand tel une gangrène. Nous ne sommes pas trop gâtés. Nous sommes pressés à l'infini. Comme un agrume dont il ne reste plus de jus, mais dont on en exige encore. Performance, productivité, efficacité. Tout doit être utile, bien fait et dans un délai rapide. Le repos, une certaine période de lenteur, d'hébétude, et voilà qu'on nous juge durement.

La société est malade. Et elle nous entraîne avec elle. Au Québec, nous sommes un des plus haut taux de suicide au monde. Se faire bourrer de pilules est rendu facile, accessible. Pourtant, je ne dirai jamais qu'on devrait resserrer ces filets-là, pour avoir des pilules, parce que je préfère qu'on en donne trop que pas assez. Parce que je préfère en donner plus que de voir quelqu'un d'autre céder aux envies de morts qui l'habitent. Non, je ne connais personne qui ait décidé de poser le geste. Je crois que j'ai eu de la chance...

En attendant, je pense qu'on devrait juger moins, prendre plus le temps et vivre mieux. Parce que si c'est un mal de société que nous avons, la solution, elle, passera par l'individualité. Par chaque personne qui refusera de se laisser bouffer par la vie. Qui décidera de prendre son temps. Tant qu'il le faudra.

7 commentaires:

Marie a dit…

Tu tombes pile dans mon domaine là... comment pourrais-je ne pas commenter!?!

Je suis bien d'accord avec toi, il est rare d'entendre un tel discours de la part de quelqu'un qui a compris qu'il est impossible de dissocier les individus de la société puisque ce sont les individus qui la créé, la forme. Trop souvent j'entends les gens se plaindre de la société comme si c'était une entité autonome qui impose sur nous sa fatalité, comme si on ne pouvait rien y changer.

orangesky a dit…

Oui, il paraît que la dépression et l'ennui sont les maux du siècle. ça fait peur, vraiment!

Camille a dit…

Je pense qu'individuellement il faudrait qu'on change la société elle-même. Si les gens se regardaient moins le nombril et se tendaient plus souvent la main pour s'aider que pour se taper sur la gueulle, je suis certaine que le malaise général serait moins important. Le monde est stressé, le monde se sent seul et pourtant on est tous dans le même bâteau mais on fait tous comme si on était seul dans cette galère.

shaton a dit…

Pour une fois, je me suis embourbé dans ton texte du jour, sans doute parce qu'il me parle de choses que je ne connais pas ou que j'ai oublié.
Pour ce qui est des pilules, je suis contre. J'en ai trop bouffé dans mon enfance (par erreur) et j'ai refusé de les prendre quand plus tard j'ai fait une dépression. J'ai été soigné par le verbe et l'amour de la vie.
Tu as raison, on devrait juger moins, prendre plus le temps et vivre mieux. Mais pas individuellement. Tous ensemble, collés les uns aux autres comme des moules sur un rocher.

Storm a dit…

ho que oui!! j'approuve tes commentaire....regardons nous le nombril et arretons de juger...un mal collectif, de société, de culture, je crois que oui. Mais comment faire pour changer le tout??

Menteuse a dit…

Quel constructif questionnement.

Ce qui est difficile à concevoir, c'est que dans les pays sous-développés, les gens ne connaissent pas la dépression. Et nous, citadins exemplaires, clamons haut et fort pouvoir les aider à évoluer.

On passe sa vie a vouloir améliorer notre sort pour pouvoir jouir d'une retraite qui ressemblera à l'existence de ces humains qui vivent dans la simplicité.

C'est à n'y rien comprendre

L'impulsive montréalaise a dit…

@Marie : Disons juste qu'il est plus difficile de changer un mal de société qu'un mal individuel. Mais effectivement, société et individus sont indissociables. Ton domaine ?
@orangesky : Les maux du siècle des sociétés industrialisées en tout cas. Et non, pas bon signe du tout.
@Camille : Société d'individualisme. Pour s'entraider, on dirait qu'on a besoin que ce soit gros. Mais au fond, c'est toutes les petites choses qui changeraient vraiment la société.
@shaton : Les pilules ce n'est pas mauvais quand le besoin est là. Je comprends ton avis toutefois. Mais ce n'est pas mauvais. Et oui, bien entendu, ensemble on a plus de chance de s'en sortir. Mais c'est chaque individu qui a le pouvoir de changer quelque chose.
@Storm : En changeant individuellement je crois. Mais surtout en cultivant moins la haine et la méchanceté et plus les petits gestes attentionnés. Histoire de se sentir moins seuls.
@Menteuse : C'est fort bien dit. Qu'on veut la simplicité, mais qu'on se bat dans la complexité une bonne partie de notre vie. Quant aux gens dans les pays sous-développés qui ne connaissent pas la dépression, je ne suis pas certaine que ce soit aussi tranché. Mais je peux facilement concevoir un peu le pourquoi. Ils se battent pour vivre. Un vrai objectif. Nous, on se bat trop pour consommer ou pour performer. Je ne renie la consommation ou un besoin de s'accomplir. Disons juste que parfois faudrait se remettre les valeurs à l'endroit.