mercredi 16 mars 2011

Notre côté sombre

Il y a quelque chose d'extrêmement catalyseur dans le fait d'observer la folie. De voir ses tortures et ses méandres. Même dans une cadre contrôlé et fictionnel.

Hier soir, j'étais de ces spectateurs qui ont vu Hamlet au TNM. À ma grande honte, je n'ai pas encore lu ce classique du théâtre. Toujours et encore des livres que je n'ai pas lus. Une vie n'y parviendrait pas. Je connaissais bien quelques phrases, mais j'arrivais fraîche d'idées préconçues.

Benoît McGinnis y est s-u-b-l-i-m-e. Il porte la pièce à bout de bras. C'est la première fois que j'assite à une pièce de théâtre et que je suis impressionnée par un rôle. J'ai déjà fait vaguement du théâtre au secondaire. J'ai assisté à quelques pièces ici et là. Je suis bon public. Mais ce rôle m'a troublée. L'histoire bien entendu. Mais l'intensité, l'énergie. Porter un tel rôle n'est pas à la portée de tous. Le comédien doit réellement être épuisé tous les soirs au sortir de la scène.

Mais bon, je n'écris pas que pour parler de la pièce. Catalyseur je disais. Assister à cette folie. La contempler, la voir. La sentir. La toucher presque. J'hésite toujours entre la fascination et la crainte. Toujours, il ne semble n'y avoir qu'un pas, un minuscule pas, pour tomber de l'autre côté. Là où l'esprit se fractionne.

Le côté sombre de l'humain me fascine. Je ne veux pas détourner le regard. Je me reconnais. Quelque part dans mes bas fonds, il y a tout ça. Et de voir cela, en représentation sur scène, à la télé, dans un livre, me rappelle chaque fois le gouffre devant lequel on se tient tous. Pencher d'un côté. Ou sombrer de l'autre.

En même temps, explorer ce côté noir, c'est catalyseur comme je le disais. Ça provoque, ça remue, ça inspire. On joue dans notre fascination, on la repousse, on la serre tendrement. En quelque sorte, ça fait reculer d'un pas... Jusqu'à la prochaine fois...

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Oh ! j'oubliais. Si vous connaissez Benoît (semble-t-il que nous sommes à 5 personnes de connaître tout le monde sur la planète...), pourriez-vous lui dire que j'ai été éperdument amoureuse de lui pendant quelques heures s'il vous plaît ?

13 commentaires:

Marico a dit…

J'essaie de me procurer des billets. Merci d'avoir sonné la cloche.

prinsessan Fluflu a dit…

Tu sais , c´est impossible de lire tous les livres , malheureusement !
Puisque tu es fascinée ( moi aussi ! )
par le côté sombre de l´être humain,
je te conseille la lecture de ce livre :
" Le bouchot " de Hortense Dufour.
Tu y découvriras, pour commencer,
ma région de la côte Atlantique en France,
où je vivais avant dem´installer en Suède.
Tu feras connaissance avec des personnages à l´âme tourmentée.
La folie, mais aussi la liberté, l´humour
et l´amour
se retrouvent partout dans ce livre merveilleux.
Enfin pour moi, c´est un livre dont je ne saurais me passer.
J´espère que tu pourras le trouver au Québec. :)

Accent Grave a dit…

La ligne est mince entre le confort, toujours illusoire, et la déchéance. Suffit de causer avec certains itinérants pour apprendre que leur vie ne fut toujours celle-là et que la nôtre peut facilement se transformer.

J'éprouve du mal à cataloguer les gens, lors de d'une seule vie, nous pouvons traverser plusieurs phases et quelques unes sont fatales!

Accent Grave

Camille a dit…

Chanceuse!! J'adore cette pièce, mais je n'ai jamais eu la chance de la voir au théâtre. J'avoue que ce doit être quelque chose si c'est bien rendu par les acteurs. En fait, pas mal tout Shakespeare, même ses comédies, sont habituellement de bonnes pièces à voir. Tu me donnes le goût d'aller au théâtre, ça fait des siècles que je n'y suis pas allée.

L'impulsive montréalaise a dit…

@Marico : J'espère que tu en auras. Je ne dirais pas que ma critique de toute la pièce est parfaite. Mais la prestation de Benoit McGinnis est vraiment inspirée.
@princessan Fluflu : J'ai essayé de faire quelques recherches dans les sites web de librairies et si j'ai trouvé plusieurs titres de l'auteure, je n'ai pas trouvé celui-là. Et oui, je sais bien que c'est impossible de lire tous les livres. C'est à la fois une nouvelle triste, mais aussi réjouissante ! Héhé ! Mais bon parfois quand même ya des classiques qu'on se demande pourquoi ils ne sont jamais venus à nous... Disons que j'ai le parcours éclectique !
@Accent Grave : Effectivement, très mince la ligne. D'où ma fascination. Du jour au lendemain, tout pourrait basculer et ce pour tout le monde. Ça fait peur et ça motive en même temps. La griserie de marcher sur une corde raide peut-être.
@Camille : Ben il faut y aller alors si t'en as envie ! Héhé ! Je crois que c'est le 2e Shakespeare que je vois. Et comme je disais à Marico, je n'ai pas que des éloges. Mais McGinnis rend superbement bien son Hamlet. Moi j'ai trouvé le secret l'an dernier pour aller au théâtre. S'inscrire à une saison théâtrale ! Sinon, on dit toujours que ça nous tente et on finit par ne jamais y aller. C'est triste. J'adooooooooooooooore le théâtre.

Viv a dit…

On a tous en nous un côté sombre, une partie qui met les pieds sur le bord du précipice, prête à sombrer à tous moments dans la folie. La ligne est mince... C'est fascinant quand même, je me demande souvent qu'est-ce qui nous retient du côté de la "normalité".

L'impulsive montréalaise a dit…

@Viv : Moi aussi, je me le demande. C'est ça je crois qui fait que c'est aussi fascinant. Ne pas savoir et vivre sur le bord de constamment.

The Green Head a dit…

Intéressant comme billet...
Depuis que je travaille avec des gens qui sont atteint de trouble de santé mentale, je reconnais que je la cotoie moi-même toute les jours dans ma tête cette folie. Chacun notre gouffre, chacun notre bord du gouffre...

L'impulsive montréalaise a dit…

@Green Head : Merci. J'avoue que quand on est confronté tous les jours à ça, on doit encore plus réfléchir et comprendre le petit fil minuscule qui nous garde d'un côté où nous fait tomber de l'autre. Et personne n'est à l'abri.

Anonyme a dit…

J'étais au TNM le soir où tu as écrit ce message. Autant j'ai trouvé que la pseudo relecture faite par le metteur en scène n'était qu'un piètre fard à joue aussi clinquant qu'inutile, autant j'ai aimé ce à quoi Benoit McGinnis a touché et que tu décris vraiment bien. Comme quoi même une mise en scène maniérée et même l'adaptation boiteuse d'un grand texte par un poète bourré de tics ne peuvent tuer l'émotion d'un acteur inspiré. Sa réussite n'en fut, ce soir là, que plus méritoire, tandis qu'il dansait, en tonalités sombres et retentissantes, sur le fil du rasoir.

Philippe B

L'impulsive montréalaise a dit…

@Philippe B : Oui, toute une prestation je l'avoue. Quand on va chercher au fond de soi, qu'on creuse assez, l'inspiration vient.

Anonyme a dit…

Je suis d'accord. L'inspiration est en nous. Il ne faut pas l'attendre mais bien l'éveiller et lui donner toute la place. Quoiqu'il se passe autour. Et bien que ce ne soit pas toujours facile.
Ceci étant dit, ma brève incursion sur ton blog s'achève ici, car j'y prends trop rapidement goût (la bonne écriture, c'est addictif... et je me connais !). Les tentations semblables m'éloignent de ma propre écriture. Et lorsque je m'en éloigne, ma vie perd pas mal de sens. En plus, je me mets alors à craindre que mon éditeur perde patience.
Merci pour ces émotions. J'espère un jour découvrir tes mots en librairie, là où je serai moins tenté d'y répondre...
Philippe B.

L'impulsive montréalaise a dit…

@Philippe B : Merci pour le charmant compliment. En un sens, je crois que l'écriture des autres peut nous nourrir. Mais il est vrai qu'à lire, on écrit moins. Trouver une certaine balance n'est pas aisée. Sinon, je serais curieuse de savoir qui s'adresse ainsi à moi. En ce sens que si un éditeur s'impatiente, il y a peut-être un ou des livres sur les tablettes. Ou il y en aura un. J'aime lire. C'est aussi possible de me répondre sur mon courriel si tu ne veux laisser ton nom ici.