lundi 5 novembre 2012

J'ai la peur

J'ai la peur placardée au corps. Cette peur qu'on a tous. Celle qu'on ne veut pas nommer. Comme un lourd linceul qui me recouvre l'âme. Une affliction. Honteuse. On a honte de tout. C'est la maladie de ce siècle. Le fléau qui nous assombrit.

Je suis sombre. Je cultive les noirceurs comme d'autres des jardins. J'ai la peau de chagrin. J'ai la larme au coeur. J'ai la dague dans la chair. Je me déchire. Je ne veux pas ressentir. Je veux geler. Je hais cette gêne tatouée sur mon ventre. Ce ventre vide. Plein d'appels. En silence. Je crie la misère de toutes mes lèvres fermées. Vous n'entendrez pas. Vous ne voulez pas entendre.

J'ai la peur. Comme une fine couche qui me définit. Je fuis. Un regard apeuré. Un animal devant les phares d'une voiture. Je me fais frapper. Je meurs. Je me sauve. Je pleure. Je traîne mes blessures à l'écart. On ne peut pas tout assumer à la face du monde. Il y a des choses qu'on ne veut que cacher.

5 commentaires:

Laluna a dit…

Beau et triste texte.
Tu as un sens de la formule épatant.
Et si tu n'étais pas seule avec cette peur au ventre?
Bonne journée et je te souhaites un baume de douceurs sur tes blessures.
:)

Le factotum a dit…

Il faut savoir se débarrasser de ce filigrane qui nous enveloppe souvent sans trop qu’on s’en aperçoive et qui nous apporte ces peurs souvent incontrôlables.
Vite, la vie est tellement belle, profitons de chaque moment au présent.

Anonyme a dit…

La peur du matin, qui donne envie de fuir, oui, qui empêche de voir le bon coté...
Boris Cyrulnik (neuropsychiatre, spécialiste de ma résilience) parle du concept de la Crypte, où seraient enfouis tous les traumatismes qui ne peuvent être dits à un entourage qui ne peut entendre. La mienne est pleine, déborde! La votre?
Mais devant la détresse de vos mots, et parce que je la comprend si bien, j'ai envie de vous consoler: prenez le moindre rayon de soleil, le plus petit sourire, mot ou geste gentil; plus un carré de chocolat, faites un câlin à votre chat... Ou faites la cuisine! Le billet suivant vous montre plus joyeuse, tant mieux; faire des fêtes, c'est échanger, voir d'autres têtes, cela distrait des idées noires...
Je vous embrasse si vous le permettez,
N.
PS: c'est mon anniversaire, alors souriez pour moi! En virtuel, un morceau de mon gâteau vous est réservé...

Kalte a dit…

La peur n'est qu'une barrière à la vie...on finit toujours par la vaincre, il suffit d'y croire. À défaut d'un câlin, je t'offre une 2e poutine de Noël. http://www.mapoutine.ca/poutines/chez-ashton-levis-saint-nicolas-poutine-de-no%C3%ABl-reguliere.php

L'impulsive montréalaise a dit…

@Laluna : Ooohh ! Quel joli compliment. J'aime aussi beaucoup ta question. Parfois, on se pense. Mais parfois aussi, on se constate universel. Sinon, je dirais qu'un texte, c'est une toute petite photo. Ça montre ce qu'il y a dessus et a un moment précis.
@Factotum : On a tellement de couches sur soi. De toutes les forces. Des bonnes, des mauvaises, des lourdes, des chaleureuses... Nous sommes des humains à couches.
@N : Un très bon anniversaire pour hier !!!!! J'ai souri pour vous ! Et j'ai pris un morceau de gâteau virtuellement !
J'ai à la fois un côté sombre et joyeux. Je suis une équilibriste. Les gens les plus heureux sont aussi les plus malheureux en un sens. Car ils savent aller dans tous les extrêmes. Merci des douces paroles.
@Kalte : Il y a une chose dont on se débarasse bien difficilement : soi-même. Mais on peut tenter de se façonner un peu mieux. Une poutine ? Coudonc, tout le monde veut me faire manger avec ce billet...