mardi 1 mai 2012

Épaules

C'est le métro. Il y a que c'est l'anti-chambre de l'enfer. On peut s'y sentir plus seule que partout ailleurs.

Je ne pourrais vous dire la station où il est entré.

Je ne peux vous raconter que son manteau. Noir. Une marque sport. Sa nuque. Sa tête sans cheveux. Son odeur. Une odeur de menthe, de bonbon fort. Discrète, mais agréable. Ses épaules. Ni larges, ni étroites. Rassurantes. J'avais ma tête près d'elles. Il n'aurait fallu que pencher de quelques centimètres. Appuyer ma tête et mon corps fatigués sur ses épaules. Fermer les yeux. J'ai effleuré son manteau de ma main. Délicatement. Comme une fleur fragile.

Pour un peu, je lui aurais demandé de me regarder dormir. Peut-être si quelqu'un veillait sur mon sommeil, je dormirais mieux. Je pourrais faire la paix avec mes nuits. Je pourrais faire la paix avec ma vie.

On s'est assis à Berri. Sur le même banc. Le charme hynoptique des épaules a été rompu. Il mâchait une gomme, il lisait, il toussait. Il était trop humain. Et je n'avais pas besoin d'un humain ce matin-là. J'avais besoin de plus grand. D'un peu d'humanité divine dans une épaule inconnue.

8 commentaires:

idmuse a dit…

c'Est boooooooooooooo :)

Éphémère a dit…

Wow ! Rien d'autre à dire !

Petite libellule a dit…

Ah oui, c'est beau... dis donc, elle me tenterait à moi aussi cette épaule-là ce soir.

Laluna a dit…

Quel magnifique texte!!!!
Un jour je raconterai la fois où je me suis endormie sur l'épaule d'un inconnu, entre Lionel-Groulx et Berri... J'avais 14 ans... Ouf!
:-)
Tu es très inspirante chère Impulsive!!!

Une femme libre a dit…

La gomme, Ça détruit en effet tout le charme. Quelle habitude vulgaire, ordinaire et plate!

idmuse a dit…

voyons le côté positif, s'il ne mâchait pas comme une vache, il devait avoir une pas pire haleine ;)

Michèle a dit…

D'accord avec idmuse, peut-être avait-il le souci de la bonne haleine, simplement ;)))

L'impulsive montréalaise a dit…

@idmuse : Mercccciiii ! :)
@Éphémère : Waaaah ! C'est gentil.
@Petite libellule : Une épaule réconfortante, c'est toujours apprécié. Dommage que parfois on n'en ait pas.
@Laluna : Merci beaucoup ! Et oui, faut raconter. Ça doit être comique comme histoire !!
@Femme libre : Oh ! Ce n'était pas fait vulgairement. Et ça ne détruisait pas le charme. C'est plutôt de perdre la proximité hynoptique de l'épaule je dirais.
@idmuse : Que j'avais senti de dos en plus ! L'odeur de menthe.
@Michèle : Et qui sait qu'une bonne haleine, c'est important ! Encore plus dans le métro quand on est si près des gens.